Par Ftouh Souhail
Une émouvante cérémonie s’est tenue ce dimanche 7 décembre 2008 au Mémorial de la Shoah à Paris. Il s’agit de la Commémoration de la rafle de Tunis.
Souvenons nous que la Tunisie fut le seul territoire français hors métropole, à subir une occupation allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale : six mois entre novembre 1942 et mai 1943, un temps trop bref pour procéder à un massacre massif de la population juive locale, mais suffisant pour la terroriser, avec en particulier une rafle de 4000 hommes en décembre 42, envoyés dans des camps de travail ou sur les lignes de front, où hélas une cinquantaine, presque tous très jeunes, furent tués ; une poignée de résistants et de militants antifascistes furent aussi déportés en Europe, où ils furent assassinés …
Durant la rafle des Juifs de Tunis, un jour du 7 décembre 1942 (le 2 Tevet 5703) des hommes -parce que juifs – furent arrêtés. Des centaines d’entre eux avaient trouvé la mort et plusieurs d’entre eux en trouvé la route de la déportation. Durant ces terribles six mois d’occupation, des jeunes hommes de la communauté étaient conduits vers l’un des plus grands Camps de Travail forcé du coté de Bizerte (au nord de la Tunisie). Les familles des travailleurs forcés, quand à elles, subissaient l’humiliation et toute l’injustice de l’occupant nazie.
Commémorer cette page sombre de l’histoire judéo tunisienne, est une façon de penser au courage d’une communauté brutalisée par les nazis qui appliquèrent dans ce pays le même système qu’en Europe : rationnements, port de l’étoile jaune dans les villes intérieurs, réquisitions, spoliations, numerus clausus, amendes infligées aux communautés, le tout sous les bombardements intensifs des forces alliées. Le jour de la rafle de Tunis les allemands iront ramasser les juifs jusque dans les synagogues.
La Commémoration de la rafle de Tunis, au Mémorial de la Shoah à Paris, était marquée cette année par la présence des représentants de l’Etat d’Israël, représentant le peuple juif dans son ensemble, et de la République Tunisienne. Le ministre plénipotentiaire de Tunisie à Paris a en effet accepté l’invitation de Jackie Fredj, Directeur du Mémorial de la Shoah à Paris, ce qui constitue déjà une avancée significative par rapport au passé. (1).
Nous avons souhaités que la Commémoration de la rafle de Tunis, qui est chaque année célébrée au Mémorial de la Shoah à Paris, soit aussi célébré en Tunisie. L’oubli de la Rafle de Tunis est interdit. Il serait une faute, une forme de complicité de crime contre l’humanité Il faut que nous soyons, en Tunisie aussi des militants de la mémoire, des combattants du souvenir, des guerriers de la vérité. Ne pas transmettre serait un crime contre la postérité.
Ftouh Souhail, Tunis
Citoyen du Monde
(1) Parmi les autres personnalités présentes : Richard Prasquier, Président du CRIF, David Messas, Grand Rabbin de Paris, Raphaël Haddad président de l’UEJF, Serge Klarsfeld, Dominique Bertinotti, maire du quatrième arrondissement, un descendant de la famille beylicale de Tunis et le professeur Claude Nataf de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie (SHJT).