En matière de liberté de presse en Turquie, il faut dire qu’il y a de quoi s’alarmer aujourd’hui.

L’organisation de défense des droits de l’Homme, Human Rights Watch, accuse Ankara d’avoir porté atteinte à la liberté de la presse en arrêtant 10 journalistes soupçonnés dans un complot présumé contre le régime islamo-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Cinq journalistes, dont certains très connus, et un universitaire, sont actuellement en détention provisoire. Ils ont déjà été inculpés cette semaine par une Cour d’Istanbul pour implication dans un complot présumé contre le gouvernement islamo-conservateur, au lendemain de l’inculpation de deux autres journalistes. Jeudi, 10 journalistes avaient été interpellés dans le cadre de l’enquête sur ce complot.

Nedim Sener et Ahmet Sik, deux autres journalistes trucs d’investigation ont été inculpés par un tribunal d’Istanbul pour complot contre le gouvernement. Un groupe de journalistes a effectué un sit-in devant le palais de justice pour protester contre leur incarcération.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s’est défendu mardi le 8 mars de toute volonté de museler la presse, alors que plusieurs journalistes independants ont été inculpés et certains incarcérés dans le cadre d’un complot présumé contre le régime, provoquant des réactions en Turquie et à l’étranger.

« Je considère comme une insulte à mon gouvernement les accusations selon lesquelles nous tenterions de bâillonner la presse », a-t-il affirmé devant le groupe parlementaire de son Parti de la justice et du justice (AKP, issu de la mouvance islamiste).

« Les inculpations de journalistes n’ont rien à voir avec le gouvernement. C’est une décision de justice », a déclaré M. Erdogan, qui a accusé l’opposition et une partie de la presse de mener une campagne de dénigrement à l’encontre de son parti avant les élections législatives du 12 juin, où il brigue un troisième mandat (Le parlement turc a voté ce jeudi une motion fixant au 12 juin les prochaines élections législatives).

La situation de la liberté de presse en berne dans ce pays considéré jusqu’ici comme le seul État musulman et démocratique. Selon les organisations professionnelles, les dernières inculpations portent à 67 le nombre de journalistes actuellement en prison en Turquie.

L’Union européenne, les Etats-Unis et les organisations internationales ont fait part de leur préoccupation quant à la liberté d’opinion en Turquie. Le président Abdullah Gül s’est pour sa part dit « inquiet » dimanche de ces développements, qui, selon lui, ternissent l’image de son pays.

Le Parlement européen a adopté le mercredi, 9 mars 2011, une résolution pour regretter peu de progrès en Turquie en 2010, pour sa candidature à l’Union européenne (UE). Le Parlement européen a surtout exprimé sa préoccupation sur la détérioration de la liberté de presse et d’autres droits de base en Turquie sont d’importants facteurs qui vont à l’encontre des négociations entre l’UE et la Turquie sur la candidature de cette dernière, a déclaré le rapporteur Ria Oomen-Ruijten.

Depuis le lancement de l’enquête sur le réseau putschiste Ergenekon, en 2007, des centaines de personnes, dont des journalistes et des militaires, ont été écrouées. La Cour européenne des droits de l’Homme a condamné la Turquie pour sa censure médiatique, le 7 juillet dernier.

Le régime régime islamo – conservateur de l’AKP, dirigé par Recep Tayyip Erdogan, est loin de considérer la liberté d’information et d’expression comme principe fondamental.

Le président du Syndicat des journalistes turcs (TGS) a critique vivement l’attitude du gouvernement d’Ankara à l’égard des journalistes et de la liberté d’expression. Lors du dernier congrès à Istanbul des fédérations de journalistes de toute l’Europe, Ercan ?pekçi a indiqué que de nombreux journalistes turcs ont été récemment réprimés et emprisonnés à cause d’articles  »contraires à l’esprit du gouvernement ». Il a dit craindre que le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et son parti islamique ne tentent de prendre le contrôle démocratiquement en Turquie, à l’instar d’Adolf Hitler avant la Seconde Guerre mondiale.

Ftouh Souhail, Tunis

0 0 votes
Évaluation de l'article