L’organisation américaine ZOA (Zionist Organisation of America) ainsi que des médias américains et israéliens ont lancé un appel à l’Académie des Oscars afin que celle-ci revienne sur sa décision d’attribuer, le 13 novembre prochain, un Oscar au cinéaste franco- suisse Jean-Luc Godard pour l’ensemble de sa carrière.

Cet appel est motivé au fait que le metteur en scène de la « Nouvelle Vague » (1) s’est, à plusieurs reprises, illustré par des remarques et des attitudes antisémites virulentes.Il a mis fin à son amitié avec François Truffaut dès lors qu’il apprit que le père de ce dernier était juif.

Ainsi qu’un « sale Juif » lancé à la figure du producteur Pierre Braunberger, dans les années 1960, en présence d’un François Truffaut scandalisé.
Il estime également que « la démocratie, c’est d’accorder 15 minutes de temps de parole aux Juifs et 15 minutes à Hitler »…

En 1973, lorsqu’il reçoit un coup de téléphone du réalisateur Jean-Pierre Gorin, juif, qui lui réclame sa part de droits sur un film qu’ils ont tourné ensemble: « Ah, c’est toujours la même chose, les Juifs vous appellent quand ils entendent le bruit du tiroir-caisse », répond-il ironiquement.

Godard a toujours déraper de l’antisioniste militant au réflexe antisémite, sur le mode de l’insulte, généralement éco¬no¬mique, associant la caricature du Juif et l’argent. C’est par exemple ce qu’il répond ironiquement à Jean-Pierre Gorin, Juif, quand celui-ci l’appelle en 1973 pour réclamer sa part de droits sur le film Tout va bien: “Ah, c’est toujours la même chose, les Juifs vous appellent quand ils entendent le bruit du tiroir-caisse…”

Et ce mot du producteur Pierre Braunberger à François Truffaut, en mars 1968, accompagnant un chèque de soutien à l’Association de défense de la Cinémathèque, rapportant une violente altercation entre lui et Godard: “Je ne pardonnerai jamais à Godard son antisémitisme.

L’antisémitisme n’a porté bonheur à personne, ni au génial (et déjà godardien) Céline, ni au médiocre Autan-Lara. Je sais que maintenant vous ne pouvez que mépriser Godard sur le plan humain. “Sale Juif” est la seule insulte que je ne peux supporter, insulte qui me donne le goût de vengeance, un désir de meurtre. Si vous saviez ce que ces mots évoquent en moi, ce qu’ils font resurgir d’un passé encore si douloureux, vous viendrez m’embrasser. Votre ami Juif qui vous doit tant de son bonheur juif.”

Sur le conflit au Proche-Orient, le cerveau de la « Nouvelle Vague » déclare en 2006: « Les attentats suicides pour parvenir à faire exister un Etat palestinien ressemblent à ce que firent les Juifs en se laissant conduire comme des moutons et exterminer dans les chambres à gaz, se sacrifiant ainsi pour parvenir à faire exister l’Etat d’Israël ».

Jean-Luc Godard est un “anti¬sio¬niste pessimiste”: il ne croit pas la paix possible entre Israël et les Palestiniens, entre les Juifs et les Arabes au Moyen-Orient.
En 1976, ce cinéaste ant-juif, Jean-Luc Godard a réalisé et produit un film foncièrement anti-israélien, intitulé Ici et ailleurs, dédié à la “cause valeureuse” du peuple palestinien.

La thèse de ce film fut partial et farouchement antisioniste : l’État d’Israël fait subir aux Palestiniens ce que les Juifs ont souffert de la part des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Thèse classique et radicale martelée par l’extrême gauche européenne pro-palestinienne et anti¬sio¬niste, que Godard formule très clairement: “Les Juifs font aux Arabes ce que les nazis ont fait aux Juifs”.

Dans cette charge vitriolique contre l’État d’Israël, l’idée est illustrée, parfois jusqu’à la provocation, quand les visages de Golda Meir, pionnière de l’État juif, Premier ministre d’Israël de 1969 à 1974, et de Hitler clignotent l’un sur l’autre, ou quand une déploration en hébreu sur les camps de la mort nazis, Auschwitz, Madjanek, Treblinka… recouvre des images de cadavres d’enfants Palestiniens ou des corps calcinés de fedayins tués en septembre 1970, durant des affrontements sanglants avec l’armée jordanienne.

Le film justifie également la prise d’otages de la délégation israélienne par un commando terroriste palestinien lors des Jeux Olympiques de Munich en 1972, et les tueries qui s’ensuivirent, au nom du fait qu’il aurait fallu “passer une image des camps palestiniens avant chaque finale des Jeux Olympiques”, rappelle dans son livre Antoine de Baecque.

“À plusieurs reprises, Jean-Luc Godard est revenu, ou reviendra encore, sur cette question: il se définit clairement comme pro-palestinien et antisioniste, ne cesse d’établir un lien entre l’extermination des Juifs dans les camps de la mort nazis, la fondation de l’État d’Israël, l’impossibilité de régler le conflit israélo-palestinien, et plus généralement la guerre entre Juifs et Arabes. Comme si une malédiction historique pesait sur cette généalogie: Israël, né dans les camps nazis, se vengerait sur les Palestiniens de l’Holocauste, ce qui justifie tous les actes de résistance arabe, y compris le terrorisme, puisque, d’après Godard, Israël serait une forme paradoxale de résurgence historique du nazisme”, note son biographe.

L’identification entre l’État d’Israël et le nazisme revient à plusieurs re¬prises dans les films godardiens de cette ¬époque, dans un contexte historique où, faut-il le rappeler, l’image d’Israël, de la Guerre des Six Jours de 1967 à celle du Kippour de 1973, change du tout au tout.
“Israël n’est plus considéré comme un pays victime, faible et persécuté, mais comme un État surarmé, protégé par les États-Unis et deux fois vainqueur.

Dans un petit documentaire tourné en 1970 par la télévision allemande, Godard tient devant son visage un tract militant où figure la contraction “NazIsraël”, et lance au caméraman: “Tu nous fais un chèque de la télévision allemande qui est financée par les Sionistes et par ce connard de social-démocrate, Willy Brandt, et ça nous permettra d’acheter des armes pour les Palestiniens pour attaquer les Sionistes…””, relate Antoine de Baecque.

Jean-Luc Godard est gravement malade d’un antisémitisme qui court dans son sang et ses urines. C’est aussi un provocateur et un antisioniste.

Il y a un an, dans son Blog littéraire très fréquenté, La République des Livres, l’écrivain Pierre Assouline rapportait que Jean-Luc Godard projette d’adapter au cinéma le livre Les disparus de l’écrivain américain Daniel Mendelsohn. Un récit bouleversant ayant comme trame principale la Shoah. Pierre Assouline s’en étonne et s’en inquiète.

Ce dernier exprime ses craintes de voir un grand livre tomber entre les mains d’un homme qui “traîne de longue date une réputation d’antisémite”. Jean-Luc Godard aurait-il donc un problème avec les Juifs? “Ça se dit mais ne s’écrit guère”, poursuit Pierre Assouline, en se félicitant que la question soit enfin clairement posée par la première grande biographie consacrée au cinéaste: Everything is cinema. The working life of Jean-Luc Godard. Une somme publiée l’an dernier par le critique de la revue américaine New Yorker, Richard Brody, pas encore traduite en français. “Cette biographie révèle avec précision l’antisémitisme de Godard”, assène Pierre Assouline.

Ftouh Souhail

(1) La Nouvelle Vague est un mouvement cinématographique apparu en France à la fin des années 1950. La Nouvelle Vague se définit par ses techniques cinématographiques révolutionnaires pour l’époque mais aussi par ceux qui la composent tels François Truffaut, Éric Rohmer, Agnès Varda, Jean Eustache, Jacques Rivette, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard qui constituent le cœur du mouvement.

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