C’est, sans doute, une époque profondément nouvelle qui s’annonce en Tunisie.
Le président Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, a quitté vendredi soir la Tunisie après une contestation sans précédent de son régime qui a été réprimée dans le sang. L’intérim de la présidence tunisienne est assuré par le président du parlement , Foued Mebazaa
Sous une pression jamais exercée contre lui depuis son arrivée au pouvoir en 1987, Zine el Abidine ben Ali a annoncé la veille ( jeudi soir) qu’il ne briguerait pas un sixième mandat à la tête de la Tunisie en 2014.
L’Union européenne s’est félicitée le vendredi matin de l’annonce du président tunisien qu’il ne briguera pas un nouveau mandat en y voyant un moyen d’assurer « une transition en douceur » à la tête du pays.
« Nous prenons note de cette annonce qui créée selon nous une opportunité pour une transition en douceur » en Tunisie, a déclaré la porte-parole de la chef de la diplomatie de l’UE Catherine Ashton, Maja Kocijancic.
L’opposant radical Najib Chebbi, fondateur du Parti démocratique progressiste (PDP), avait salué cette promesse et appelé à la création immédiate d’un gouvernement de coalition. « Ce discours est politiquement important et correspond aux attentes de la société civile et de l’opposition », a-t-il dit.
Lorsque ce Jeudi 13 janvier le président avait lancé sa surprenante promesse de ne pas briguer de nouveau mandat en 2014, les tunisiens étaient déjà bien déterminé à aboutir à leur but final. Des milliers de manifestants se sont rassemblés vendredi à Tunis pour réclamer sa démission immédiate, une exigence suivie d’effet dans la soirée.
La journée du 14 janvier aura donc été décisive pour la Tunisie et la crise qui la secoue depuis presque un mois., le premier ministre, Mohammed Ghannouchi, a annoncé le départ du pouvoir du Rais Ben Ali. C’est donc la fin du règne pour le président tunisien, et l’annonce que les manifestants attendaient depuis plusieurs semaines.
Ben Ali a été réélu pour la quatrième fois en octobre 2009 pour un mandat de cinq ans et était sollicité par des membres de son parti pour se représenter en 2014. Mais les manifestants ont exiges depuis plusieurs semaines son départ.
Le président tunisien, très critiqué depuis le début des émeutes (mi-décembre) s’est exprimé ce jeudi dans un tunisien dialectal (et pas en arabe classique) pour être compris par tous.
Dans son troisième discours diffusé ce jeudi Ben Ali a changé de ton. «On m’a trompé», dit t-il. Le Rais a tenté de convaincre la population de terminer ses trois ans de présidence et avoir le temps de retirer ses billes sans être jeté rapidement du pouvoir.
Ben Ali avait promis de quitter le pouvoir en 2014. Trop tard, ses promesses n’auront pas suffi. Cette fois, les tunisiens ont montré leur détermination face à la lutte contre un régime policier qui quadrillait toute la société, jetait en prison les journalistes et torturait les opposants. Des officiers de police vont être jugés pour violations des droits de l’Homme ou autres délits graves.
Diverses organisations de défense des droits de l’homme et des libertés ainsi que de nombreux médias étrangers accusent régulièrement le président Ben Ali d’être un dictateur le régime tunisien étant régulièrement accusé de violer les droits de l’homme et de réprimer la liberté d’expression. A la fin des années 2000, son régime est dénoncé comme « autoritaire » par les organisations de défense des droits de l’Homme. En juin 2008, il avait fait mater par l’armée des émeutes sur fond de chômage et de népotisme, dans le sud-ouest.
Les tunisiens savent maintenant ce que liberté veut dire. Le peuple demande la reconnaissance totale de la liberté d’expression, le droit de manifestation et la liberté de presse, y compris la liberté sur Internet, la liberté d’association, des élections libres.
A la dernière minute de sa vie politique, le président Ben Ali a joué la carte de l’ouverture. Il a promis la liberté totale pour tous les médias et pour les sites Internet avec une nuance : « liberté dans le respect des valeurs tunisienne ».
Mais il y a une autre promesse que le président par l’intérim devra honorer .L’engagement de constituer une commission anti-corruption. La Tunisie était jusqu’ici le paradis de la corruption. La faute à tout le monde et à personne. Beaucoup spéculent, notamment dans le bâtiment et l’immobilier, d’autres importent tapis, bijoux, diamants, sous le couvert de la valise diplomatique. De très hautes personnalités seraient impliquées dans des scandales financiers pendant plus de 20 ans.
Personne ne peut nier qu’il y a de vrais problèmes de corruption en Tunisie. Selon le rapport annuel de Transparency International, la corruption en Tunisie ne fait qu’empirer. Que ce soit des liquidités, des services, des terres, des biens, des yachts, certaines familles sont réputé être capables d’obtenir ce qu’elles souhaitent.
L’impact économique est clair de cette corruption généralisée, avec des investisseurs tunisiens, craignant le long bras de ces familles, qui renoncent à de nouveaux investissements, le maintien de taux d’investissement interne faible et un taux de chômage élevé. Cette pratique persistante de corruption, combinée à une inflation en hausse et un chômage structurel, ont contribué à alimenter la colère contre le régime et ont contribué à de récentes manifestations dans le centre et le sud-ouest de Tunisie.
L’exaspération du peuple est claire. Les tunisiens veulent aujourd’hui que leur pays progresse et surtout qu’il met fin aux pratiques illégales de ces familles qui s’enrichissent sur le dos de la population.
Répondant directement aux revendications sociales des manifestants, le président Zine el Abidine ben Ali a tenté ce jeudi dé séduire la population en baissant les prix « des matières essentielles » comme le pain, le lait et le sucre.
Après 23 années d’impitoyable dictature, tout s’est joué en une quelques d’heures. Le despote est tombé. La vague populaire l’a emporté. L’armée tunisienne, se démarquant d’une police ulra répressive, a joué un rôle décisif en lâchant totalement l’ex-président Ben Ali et en le poussant vers la sortie, lui et son clan.
La jeunesse tunisienne qui mène une véritable rebelle appelle aujourd’hui à plus de solidarité avec les plus démunis, le rejet de l’exclusion, le désenclavement des zones d’ombre et l’égalité des chances. Le président par intérim se retrouve actuellement dans une situation très inconfortable avec la montée en puissance du chômage.
La pauvreté en Tunisie a atteint des seuils critiques. Le taux de pauvreté est estimé à 10 % et les classes moyennes tunisienne risque bien de s’effondrer. La pauvreté est restée toujours un phénomène rural et les régions les plus pauvres du pays, en l’occurrence le nord et le centre ouest sont toujours les régions les plus démunies. Les régions les plus pauvres et le milieu rural contribuent le plus aux inégalités totales.
Ben Ali semble avoir échoué dans sa politique de solidarité nationale qui était portant le fondement de sa politique sociale. La création du Fonds de Solidarité Nationale, mieux connu sous son numéro de compte-courant « 26-26 », n’a pas régler les choses dans un système de mal gouvernance constante ou les pots-de-vin sont une monnaie courante. Un système qui permet à des familles de faire entrer dans leurs commerces plusieurs milliers de dollars tous les mois sans en payer les impôts.
La Tunisie a besoin de vitalité et crédibilité pour la compensation de l’échec de ses 23 ans et honorer les engagements d’un État de droit, souveraineté populaire, réconciliation nationale, respect des libertés fondamentales, démocratie, pluralisme, justice sociale, solidarité, effort d’ouverture et plus de modernité politique ; programme auquel adhèrent l’immense majorité des Tunisiens.
Ftouh Souhail, Tunis
