Le samedi 28 mai prochain, un an après sa disparition, le Satellit Café à Paris rendra hommage à Sara Alexander.
Sara Alexander est décédée le 28 mai 2009 à Nice. Née à Jérusalem, elle a grandit dans l’atmosphère idéaliste du kibboutz. Entre 1960 et 1962, durant son service militaire, elle fait partie de la troupe artistique la plus renommée d’Israël : Leakat Ha Nachal. A l’issue de ses études musicales au Conservatoire de Haïfa (1er prix d’accordéon), elle connaît, de 1965 à 1967, à Tel-Aviv, ses premiers succès artistiques comme musicienne, comédienne et chanteuse et enregistre un premier disque avec le groupe « Les sept Espèces ».
Au lendemain de la Guerre des Six Jours, Sara Alexander quitte Israël et s’établit en France. Auteur-compositeur-interprète, elle développe rapidement un répertoire original, tant par la musique, nourrie d’influences balkaniques, orientales et jazz, que par les textes, le plus souvent en hébreu, plaidoyers vibrants pour la paix et le rapprochement israélo-palestinien.
Elle était depuis le début des années 1970, l’ambassadrice de la paix entre Israéliens et Palestiniens. En 1979, elle enregistre à Marseille son premier album personnel, « Shalom-Salam », sur le Bateau de la Paix de l’activiste israélien Abe Nathan.
De l’Europe de l’Est aux États-Unis, du Maroc à la Scandinavie, on la rencontre, sur toutes les grandes scènes internationales, aux côtés d’artistes tels que Joan Baez, Leonard Cohen, Ivry Gitlis, Miguel-Angel Estrella, The Freedom Singers, Pete Segher… ou, pour le monde arabo-musulman, Mahmoud Darwish, Marcel Khlife, Hedi Guella, le groupe Sabreen…
En 1984 et 1985, avec le Palestinien Imad Saleh, elle sillonne l’Europe et les Etats-Unis (15 États), au profit de plusieurs organisations de dialogue judéo-arabe (notamment le village Neve Shalom-Wahat As Salam). Sans relâche, elle anime de nombreuses rencontres, participe à de nombreux galas, sous l’égide d’organisations telles que : la Fondation France Libertés, l’Association France Palestine, le Progressive Party for Peace, Sheli, le Civil Rights Movement, l’Arab Anti-Discrimination League, New Jewish Agenda, l’Université Euro-Arabe itinérante (Artistes au service de la paix, avec Lord Yehudi Menuhin), la Ligue des Enseignants pour la Paix, La Ligue des Droits de l’Homme, Musique Espérance, l’UNESCO, Amnesty International, le Palo Alto Institute for Non Violence, Legacy, Palestinian Institute for Non Violence, Partage pour les Enfants du Monde, Fondation appel des Prix Nobel de la Paix pour une décennie de la non violence…
Dans une grande solitude (avec quelques pionniers comme Ezzedine Kallak, Mati Peled, Yeshayahou Leibovitz) et grâce à la totale indépendance que lui procure son outil d’expression, Sara Alexander devient ainsi, tant dans les médias qu’à la scène, la voix israélienne emblématique de tous ceux qui combattent pour la paix israélo-arabe.
Au travers de centaines de concerts, d’interviews, d’animations dans les écoles, les universités, prisons, hôpitaux, usines… elle plaide partout, en Europe, en Amérique, au Proche-Orient, pour la reconnaissance mutuelle israélo-palestinienne, la tolérance et le respect des droits humains
Première artiste israélienne à se produire dans un pays arabe (Marrakech, 1986) elle est aussi, au plus fort de la première Intifada, à l’Université Palestinienne de Bir Zeit, dans les camps de réfugiés de Jéricho…
De la signature des Accords d’Oslo à septembre 2000, au travers de l’association de rapprochement culturel « Passerelles pour le Dialogue », elle chante aux côtés d’artistes palestiniens à Paris, Jérusalem et dans les camps de réfugiés.
Cette femme est une Militante infatigable et une ambassadrice incontestable de la paix.
« Artiste visionnaire, à force d’amour, de courage et de talent, Sara désarme la haine. Au-delà des frontières, elle crie l’urgence d’aimer et dans chaque geste fait triompher la paix. » rappelait Miguel-Angel Estrella
« Grâce à des combattants de la paix tels que vous, le fil n’est toujours pas rompu. » disait Federico Mayor
Ayant enregistré une dizaine d’albums et publié deux livres au cours de sa longue carrière, Sara Alexander est de surcroît une interprète remarquable ainsi qu’une figure majeure de la modernité des musiques orientales
Auteure-compositrice, accordéoniste, chanteuse, d’une générosité et d’un humanisme qui n’avaient d’égal que son charisme et son talent, Sara Alexander, Israélienne de naissance et de culture, n’avait eu de cesse de mettre son art au service de la paix et de la fraternité, en commençant bien sûr par sa terre d’origine meurtrie, tout en réinventant à sa manière bien à elle les musiques de la Méditerranée.
En novembre 2005, à la veille des émeutes en banlieue, elle avait entamé une tournée musicale dans les quartiers populaires d’Ile de France, afin de contribuer à apaiser les tensions intercommunautaires. Tournée qu’elle avait dû interrompre à la suite d’un diagnostic de cancer avancé.
Elle s’est éteinte comme elle a vécu, en luttant avec amour et courage, entourée par sa famille et ses proches, travaillant encore quelques jours avant sa mort à la traduction en arabe d’un livre de poèmes avec le poète de Nazareth, George Farah.
À l’occasion de l’anniversaire de son départ au firmament des musiciens et des poètes, le Satellit Café clôturera le Festival Femmes du Monde par un hommage tel qu’elle l’aurait aimé : grand voyage festif, haut en couleurs et en sonorités où se mêleront, une fois encore, accents tsiganes, mélodies juives et sonorités de toute la Méditerranée, sous les doigts virtuoses et aux trémolos de ses amis d’un soir et comparses de toujours au sein du monde de la musique, de Paris et d’ailleurs.
Au programme : musique, lectures, vidéos, témoignages…Rendez-vous au Satellit Café 44 rue de la Folie Méricourt 75 011 Paris .M° Oberkamf ou Saint-Ambroise À partir de 21h
Ftouh Souhail de Tunis avec les remerciements du Blog leJDD.fr
*BIBLIOGRAPHIE ; Shalom ! Salam (Editions Salvator – 1999), L’urgence d’aimer (Editions l’Harmattan – 1984)
*DISCOGRAPHIE ; Café Turc (CD – Al Sur 1999), Erga (CD – IMP Kardum 1998), Hamsin (CD – IMP Kardum 1996), Rêves et révoltes, (CD – SAP 1991), Nomade de l’espoir (LP – SAPEM 1984), Shalom-Salam (LP – SAPEM 1980), Ashequelon (LP – EMI 1971), The Seven Species (LP – Hayim Hefer Ed. 1966).
*Participations à des œuvres collectives : Credo (2000), Ballade pour une Mer qui chante (1996, 1997, 1998), World Music of Struggle (1990)