Les dernières années au Liban ont vu progressivement le mouvement islamiste chiite du Hezbollah évoluer vers un néo-fondamentalisme islamique proche des idées marxistes.
L’époque des années 1980 ou le Hezbollah s’en prend physiquement, aux militants de la gauche libanaise, lorsqu’ils s’agissaient de leur disputer l’hégémonie de la « résistance nationale au sud- Libana », a bien révolu (1).
Aujourd’hui c’est la fille du célèbre révolutionnaire Che Guevara qui a rencontré ce dimanche 10 octobre 2010 le numéro 2 Hezbollah lors d’une visite au Sud-Liban. Aleida Guevara ( en photo) a reçu une peinture à l’huile de Sheikh Naim Kassem montrant son père et le terroriste chiite assassiné Imad Moughnieh.
La fille du révolutionnaire marxiste, 49 ans, qui se définit elle aussi comme marxiste comme son père, s’est rendue cette semaine dans la ville portuaire de Tyr, où le responsable local du Hezbollah lui a offert un tableau représentant les visages du « Che » et de Moughniyeh, dirigeant du Hezbollah recherché par Interpol et Washington avant d’être assassiné en 2008.
Aleida Guevara, la fille aînée d’Ernesto Guevara, a discuté de « l’importance de la résistance des peuples face à l’ocupation et de la solidarité entre les opprimés du monde », selon un communiqué du Hezbollah, qui prône la lutte armée contre le peuple juif.
Je ne suis pas arabe mais je respecte la vie des gens et je suis fière du courage des peuples (…) Je suis remplie de joie car je sens la présence de mon père ici », a-t-elle dit, selon des déclarations reproduites en arabe dans un communiqué des organisateurs de la rencontre (2).
La militante marxiste cubaine s’est également rendue à la localité frontalière de Kfar Kila, à la « Porte de Fatima » où, depuis le retrait israélien du sud du Liban en 2000.
Le Mouvement fondamentaliste chiite au Liban, qui se trouve sur la liste des entités terroristes, est tres populaire en Amérique latine. Le Hezbollah opère au sein des shiites Libanais expatriés et des populations locales. Au Venezuela et dans les autres pays d’Amérique du Sud, le Hezbollah mène une campagne de longue haleine combiner la lutte marxiste et la lutte islamiste.
Ainsi, on assiste depuis quelques années à des réinterprétations de la lutte de ces deux idéologies et l’émergence d’un islamisme de gauche .Les militants marxistes sont de plus en plus attirés par le combat politique et idéologique de l’islam. Les convergences entre eux se sont accentuées. Elles tournent particulièrement autour de la question de l’« occupation », et de la dénonciation conjointe des politiques américaines et israéliennes.
Depuis 2000 et surtout en 2006, apres la seconde guerre du Liban, une série d’accords politiques entre gauche, nationaliste et islamiste s’est peu à peu élargie au pays du Cédre.Une série d’affiches est visible aujourd’hui dans les rues de Beyrouth, et qui voit se côtoyer les trois portraits de Nasser, de Nasrallah et de Chavez.
Le Hezbollah adopte aujourd’hui un discours tiers-mondiste.Hassan Nasrallah ne cesse de faire référence au président véné-zuélien, tandis que son organisation a invité, avec le Parti communiste libanais, près de 400 délégués issus de la gauche mondiale et du mouvement altermondialiste à Bey-routh, en novembre 2006, dans le cadre d’une « Conférence de solidarité avec la résistance » (3).
Islamisme, mouvements de gauche radicale et meme nationalisme arabe font aujourd’hui ménage apres des années d’hotilités réciproques.
Des alliances se sont nouées entre eux, ces derniéres années surtout au Moyen-orient. De Al-Qaïda au Hezbollah libanais, du Fatah « laïc » palestinien aux intégristes musulmans jusqu’au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) mouvement marxiste qui collabore souvent avec le Hamas ou le Djihad islamique ; les lignes idéologiques des militants islamiques aux acteurs politiques marxistes sont devenus trés proches. L’exemple de l’islamisme politique ouvert aujourd’hui vers les gauches et les mouvements nationalistes arabes semble générer un néo-fascisme et un nouveau modèle d’une alliance anti-démocratique.
L’émergence d’un pôle islamiste de gauche n’est pas seulment constatée dans les espaces nationaux mais aussi régionaux et au niveau international (Iran –Vénézuéla- Syrie- Corée du Nord…) fondé sur l’opposition sud- nord.
Ftouh Souhail, TUNIS
(1) Dans kes années 1980 deux intellectuels libanais proches des lignes idéologiques du communisme Mahdi Amil et Hussein Mroue, furent assassinés par des militants proches de la mouvance islamique.
(2) AFP , Le 10 octobre 2010
(3) La séance d’ouverture de la Conférence, le 16 novembre 2006, au Palais de l’Unesco à Beyrouth, était symbolique de cette convergence progressive entre la gauche mondiale et alter- mondialiste et la mouvance islamo- nationaliste
