Le 1 octobre 2020 marque le 35 anniversaire de “l’Opération Jambe de bois”, un raid de l’Israeli Air Force qui a visé un objectif distant de 2060 kilomètres sur des bases palestiniennes en Tunisie. L’Opération Jambe de bois (ou Mivtza Regel Etz en hébreu) est le nom de code donné au raid de l’armée de l’air israélienne qui visait le quartier-général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Hammam Chott.

Il y a 35 ans, le 1er octobre 1985, dix avions de chasse F15 israéliens bombardaient et détruisaient le quartier général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), installé à Hammam Chatt, à 25 km de Tunis. Un bombardement qui a tué 50 terroristes Palestiniens.

En 1982, l’OLP s’était installée à Tunis après avoir dû quitter le Liban en raison que l’armée israélienne se retrouve obligé de mener une opération défensive dans les camps palestiniens du Liban sud, qui a accueil majoritairement plusieurs milices libanaises.

L’été 1985 a été un été difficile en Israël. Des attaques terroristes contre l’État d’Israël ont été menées par diverses organisations terroristes, dont beaucoup par l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), à ??l’intérieur et à l’extérieur du pays. Le 25 septembre 1985, à Yom Kippour, trois terroristes de la «Force 17» de l’OLP sont montés à bord d’un yacht israélien appelé First qui a accosté à Chypre et ont assassiné trois civils israéliens qui y séjournaient.

“Il n’y a aucune immunité pour les figures de l’OLP nulle part dans le monde“, avait déclaré le ministre de la Défense Yitzhak Rabin.

 Retour sur une opération audacieuse de l’armée israélienne.

Une opération défensive « Où qu’ils soient, Tsahal saura retrouver les coupables », Itzhak Rabin

Au cours de l’été 1985, une série d’attaques terroristes avaient été menées contre des cibles israéliennes. Le gouvernement israélien avait donc cherché une réponse à apporter en représailles.

La dernière attaque, qui a finalement décidé l’état-major israélien à agir, est l’assassinat de trois israéliens sur un yacht ancré dans le port de Larnaca à Chypre revendiqué par la Force 17 de l’Organisation de libération de la Palestine.

Le gouvernement israélien décide donc de mener l’Opération « Jambe de bois » en représailles mais également pour lancer aux terroristes un avertissement dissuasif.

Selon le ministre de la Défense de l’époque Ytzhak Rabin, l’objectif de l’État d’Israël en frappant une cible en Tunisie, est de montrer que l’OLP n’est à l’abri nulle part. « Tsahal saura toujours trouver et punir les responsables. »

Nous sommes en 1985, le principal adversaire d’Israël fut qui tire sur les villes israéliennes à partir de Beyrouth mettant en danger les populations civiles au nord d’Israël. Le refus de l’OLP de cesser les tirs de Katiouchas à partir de camions mobiles spécialement équipés à cet effet, en direction d’Israël pendant plusieurs semaines fait monter les tensions dans la région.

Le premier ministre israélien de l’époque est Shimon Peres tandis que Rafael Eitan est le chef d’État-major de Tsahal et Ytzhak Rabin, le ministre de la Défense.

L’armée israélienne a perdu 670 soldats lors de l’Opération Paix en Galilée, au cours duquel l’armée israélienne envahit le sud du Liban à partir du 6 juin 1982 dans le but de faire cesser les attaques palestiniennes de l’OLP basée au Liban.

Le 1er octobre 1985, à 7 heures du matin, dix F-15 Eagle et deux Boeing 707 ravitailleurs décollent en direction de la Tunisie (deux d’entre eux ne sont pas porteurs de bombes et sont chargés de l’escorte) pour une mission longue visant un objectif distant de 2060 kilomètres. Le ravitaillement des avions se fait en vol à mi-chemin vers 10 heures.

Les avions ne trouvent aucune opposition pour les empêcher de pénétrer l’espace aérien tunisien et de bombarder le quartier-général de l’OLP.

Explosion au siège de l’OLP à Hammam Chott, en Tunisie le 1 octobre 1985

Le raid israélien est mené en quelques minutes, vers 11h. Les témoins entendent cinq explosions. Des trois villas en bord de mer qui servaient de quartier général à l’OLP, il ne reste que des ruines. Des morceaux d’acier tordu et des blocs de béton ont été propulsés à des centaines de mètres. Les dégâts sont estimés à 6 millions de dollars.

Israël revendique la mort d’une soixantaine de terroristes de l’OLP dont des dirigeants de la Force 17 et précise avoir cherché à éviter toute victime civile avec des bombes intelligentes.

Les États-Unis, de par leurs six navires de guerre en Méditerranée et leurs agences de renseignement, ne pouvaient ignorer l’approche des F-15 et des bombardiers en direction de la Tunisie. Cependant, bien qu’elle fût leur alliée, ils ne l’ont pas prévenue.

En novembre 1985, Jonathan Pollard a été arrêté aux États-Unis et accusé d’espionnage en faveur d’Israël. Certaines des allégations contre Pollard comprenaient l’accusation selon laquelle l’attaque réussie de Tunis a été rendue possible grâce à l’imagerie satellitaire qu’il a transmise à Israël.

La première opération de Tsahal hors de ses frontières depuis le raid d’Entebbe

Après divers plans et considérations, le gouvernement dirigé par Shimon Peres a approuvé l’opération et il a été décidé de confier l’exécution de la mission à l’armée de l’air. Le commandant du corps, le major-général Amos Lapidot, a soigneusement planifié l’opération.

Le Général Amos Lapidot, le planificateur de l’opération

Le plan de l’opération est présenté au gouvernement par le commandant de l’Armée de l’Air de l’époque, le général Amos Lapidot. L’opération comprend notamment un vol en dehors des voies aériennes traditionnelles pour maintenir l’effet de surprise. Le premier ministre de l’époque Shimon Peres donne son feu vert.

La trajectoire de vol sélectionnée passait en dehors des trajectoires de vol internationales, ce qui assurait la sécurité aux avions sélectionnés pour l’exécution qui étaient de type F-15.

La destination, qui se trouve à 2060 kilomètres d’Israël, était la plus éloignée vers laquelle les avions de combat israéliens se soient jamais dirigés, et à cet effet, deux ravitaillements aériens étaient prévus sur le chemin.

Vers 11h00, les avions de chasse de type F-15 Eagles arrivent en Tunisie et effectuent l’opération avec succès.

« Nous avons ressenti une pression intense pendant ces quelques secondes », a raconté l’un des pilotes de l’opération. « Nous avions une bonne dose d’adrénaline dans le sang et nous étions totalement concentrés sur notre objectif. Quand nous avons atteint notre destination, nous avons parfaitement tiré nos munitions sur la cible. »

L’attaque n’a duré que quelques minutes et les avions ont changé de trajectoire en direction d’Israël. « Notre retour à la maison fut particulièrement marquant. L’ensemble de notre escadron nous attendait de pied ferme. Tous nos camarades étaient émus. Je suis descendu de l’avion, et je me suis à mon tour mis à pleurer. Oui, Oui, nous revenions de loin… »

Sur la scène internationale, l’opération a été accueillie avec une condamnation générale, à l’exception du soutien des États-Unis, Tunis a déposé une plainte officielle auprès du Conseil de sécurité de l’ONU et a demandé sa convocation immédiate. Le Conseil s’est réuni le vendredi 4 octobre 1985 et a adopté une décision de condamnation ferme contre Israël. Les États-Unis n’ont pas opposé leur veto à cette décision et se sont abstenus. C’était la première condamnation d’Israël depuis le bombardement du réacteur en Iraq.

Les attentats des aéroports de Rome et de Vienne, effectués le 27 décembre 1985 par le Fatah-Conseil révolutionnaire, sont déclarés par celui-ci comme des représailles à l’opération.

Souhail Ftouh

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