Les Palestiniens se lancent  dans la course mondiale au stockage et au traitement des données. La société palestinienne de télécommunications (PALTEL), la société d’ingénierie et de génie électrique d’Al Safa et Standard for Electromechanical Contracting ont signé un accord portant sur la conception et la réalisation des travaux électromécaniques du bâtiment du centre de données de la société palestinienne de télécommunications qui est actuellement en cours d’établissement à Al-Bireh, pas loin la capitale Ramallah.

L’accord a été signé au PALTEL Business Center de Ramallah par M. Maan Melhem, directeur général de PALTEL, et M. Taj Eddin Jumaa, représentant d’Al Safa Engineering and Electrical Contracting et le Standard for Electromechanical Contracting.

Ces trois entités sont responsables dans la gestion des infrastructures informatiques dans les Territoires palestiniens.

“Le nouveau centre de données représente l’investissement le plus important  dans le processus de communication palestinien et constituera un tournant dans le secteur des télécommunications palestiniennes, ce qui placera la Palestine au premier plan des pays qui ont de tels projets qualitatifs et qui bénéficieront à l’économie palestinienne”, a déclaré Maan Melhem, directeur général de PALTEL.

Le data center (centre de traitement des données ) servira au traitement et stockage des données numériques. Il est indispensable avec l’essor du cloud computing. Concrètement, il s’agit d’un lieu physique contenant les serveurs informatiques qui stockent les données numériques et dans lequel les entreprises peuvent notamment louer un espace de stockage et ainsi éviter la présence de serveurs dans leurs locaux.

Nous sommes fiers d’établir le centre de données le plus avancé de la région, équipé selon les normes de qualité internationales les plus strictes et sous la supervision d’experts et d’ingénieurs locaux et internationaux spécialisés dans la mise en place de centres de données mondiaux et en partenariat avec un certain nombre de grandes entreprises internationales ”

Le responsable de société palestinienne de télécommunications, Maan Melhem, a expliqué que PALTEL avait mis en place un nouveau centre de données pour répondre aux attentes du secteur en pleine croissance en matière de services de centre de données, en particulier après avoir réussi à établir le premier centre de données avancé au siège de la direction générale de la société à Naplouse et à s’engager à diriger le secteur des TIC en Palestine.

“Nous nous attendons à une nouvelle ère dans le monde des télécommunications, dans laquelle nous cherchons à concurrencer les entreprises de télécommunication internationales spécialisées dans ce domaine et nous nous engageons à poursuivre nos investissements dans les infrastructures palestiniennes et à mettre en place des centres de données plus spécialisés dans différentes régions du pays. ”

 La conception du bâtiment conforme aux normes mondiales les plus avancées 

De son côté, M. Taj Al Din Juma, directeur général de Safa Engineering pour les travaux électriques, a salué la confiance accordée par la Société palestinienne des télécommunications à Al Safa et Standard pour la mise en œuvre du projet, une première du genre en Palestine et dans la région, et a souligné le désir de sa firme de mettre en œuvre des projets de grande qualité grâce à une expertise locale et internationale. Ce qui permettra à PALTEL d’obtenir les certificats  des institutions internationales spécialisées dans les centres de données. Il a dit aussi que la mise en œuvre du projet tiendra compte des systèmes modernes et des systèmes qui fournissent de l’énergie et préservent l’environnement conformément aux normes internationalement reconnues.

Juma a déclaré qu’Al Safa Company avait déjà mis en œuvre plusieurs projets stratégiques pour le groupe, dont le plus important est le projet de centre de données de la Société palestinienne de télécommunications située au siège de l’Administration générale à Naplouse, les travaux d’électricité du bâtiment de l’administration publique de Jawwal et de nombreux projets distincts pour des entreprises et des institutions palestiniennes.

Le projet vise à concevoir le centre avec les équipements et les techniques les plus récents. Rimi Azim, responsable du projet, a confirmé que la conception du bâtiment était conforme aux normes de niveau 3-  Tier-3- pour assurer une disponibilité de 99,98%. Ce qui est conforme aux normes internationales en matière de résistance à la charge et aux séismes pour former un jalon  architectural qui remplit la fonction de centre de données et assure la continuité conformément aux plans de gestion des catastrophes.

Azim a ajouté que la conception prenait en compte les normes relatives à la protection de l’environnement et au contrôle des émissions et du bruit afin de fournir des facteurs favorables à l’exploitation de bâtiments écologiques respectueux de l’environnement.

Une technique de refroidissement très moderne sera utilisée, qui consiste à tirer parti du refroidissement externe du bâtiment pour le refroidissement de l’intérieur du bâtiment. La conception a été examinée par HPE, l’un des leaders mondiaux dans ce domaine.

Mahmud Hammadah, directeur général de la Standard Company pour les contrats électromécaniques, a déclaré que, depuis son appel à mettre en œuvre le projet, son groupe avait mobilisé toutes les énergies techniques pour le concevoir et le produire en coopération avec les équipes de communication palestiniennes dans les bâtiments de l’administration générale à Naplouse et de l’Autorité monétaire palestinienne.

Un Data center hyper sécurisé

Il offre une protection des données contre les risques d’incendie, d’inondation, de vol, d’intrusion, de panne ou encore de coupure électrique. Sans compter que les données sont dupliquées afin de prévenir les risques de perte en cas de gros problème.

L’ingénieur Mohammed Alama, chef de projet, a déclaré que la mise en place du centre de données tenait compte des normes les plus strictes en matière de sécurité de l’environnement de travail par le biais d’une sélection minutieuse et précise du matériel nécessaire au travail de mise en œuvre et de maintenance. Conçu pour s’adapter à l’expansion et au développement continus de PALTEL le design répondra aux besoins futurs au cours des 20 prochaines années.

Le Centre fournira une gamme de services qui contribueront au développement de la qualité des services fournis aux personnes à sa charge et à ses clients dotés d’un système informatique : services de protection des serveurs contre les attaques et les avancées par une équipe dédiée 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, des services de serveur virtuel, des services d’informatique en nuage de toutes sortes IaaS PaaS SaaS, service de stockage de données -Storage et d’autres services fournis par les centres de données mondiaux.

Il est à noter que la première phase de ce projet devrait être achevée au début de l’année prochaine.

La performance énergétique du data center palestinien

Ces centres de données, essentiels pour accompagner la croissance d’Internet, consomment des quantités d’électricité impressionnantes.

Le data center palestinien va utiliser l’électricité venant d’Israël. Presque  90 % de l’électricité consommée en Territoires palestiniens  est produite en Israël. Près de 90 % des 5,3 gigawatts d’énergie consommés dans les Territoires palestiniens sont achetés à La compagnie d’électricité israélienne. La facture est dans certaines régions à la charge des autorités locales ou de l’Autorité palestinienne (AP).

Les data centers, du fait de leur taille et de leur alimentation en électricité 24h/24, sont très énergivores. Certains d’entre eux situés aux Etats-Unis consommeraient ainsi l’équivalent d’une ville de la taille de Strasbourg ou Bordeaux. Pour réduire au maximum l’impact environnemental de ces équipements, l’efficacité énergétique fait désormais partie intégrante de ces lieux.

Les performances énergétiques d’un data center dépendent principalement de sa conception. Une raison pour laquelle le free cooling sera à la base de la conception du nouveau bâtiment palestinien.

Le data center palestinien va utiliser le free cooling (un système de réfrigération des blocs de stockage) afin de limiter sa consommation et les émissions de CO2. Aujourd’hui la tendance est au ?free cooling?, c’est-à-dire l’utilisation de sources gratuites pour refroidir les data centers.

Les ingénieurs palestiniens vont urbaniser les salles informatiques, en structurant les rangées de racks informatiques en allée froide et allée chaude confinées. En séparant ainsi les flux d’air chaud et les flux d’air froid dans les centres de données, il est possible de gagner 7 à 8°C sur la température d’exploitation des locaux et donc de faire des économies substantielles.

Le nouveau data center palestinien  sera construit en prenant en compte cette urbanisation du bâtiment. Il sera donc plus moderne que celui à Lille, à Nantes ou à Marseille .

En France, les data centers ayant été conçu sans urbanisation ni confinement thermique.

La révolution numérique a un prix.

Il faut dire que chaque photo prise par un utilisateur de smartphone pour son mur Facebook est envoyée à travers des dizaines de milliers de kilomètres de fibres et de câbles, transitant par des équipements réseaux jusqu’aux data centers surdimensionnés de Facebook et consomme à elle seule autant que 3 ou 4 ampoules basse consommation de 20 watts allumées pendant une heure. Puis vient ensuite l’alimentation des serveurs de stockage qui conservent le “précieux cliché” et leur climatisation.

Un selfie Facebook est à lui seul une petite entreprise de consommation énergétique. Il y a 2 milliards de comptes Facebook et une grande partie des utilisateurs du réseau social postent plusieurs photos par jour : combien de data centers va-t-il falloir construire et alimenter dans les années qui viennent pour satisfaire cette seule demande du réseau social ?

Selon des estimations, le géant Google possèderait à lui seul plus d’un million de serveurs informatiques répartis dans des dizaines de datacenters. Et la croissance de la plus grosse firme du net n’est pas prête de cesser : il y a tout juste 50% de l’humanité qui accède à Internet aujourd’hui. Les data centers vont donc proliférer. Une nouvelle donne, de l’ordre du défi énergétique, pour parvenir à fournir la demande mondiale de traitement et de stockage des données, à l’horizon 2020.

Souhail Ftouh

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