Drapeaux tunisiens en main, chantant l’hymne national avec fierté, plus d’un millier de personnes ont célébré samedi à Montréal le départ de Zine El Abidine Ben Ali et rendu hommage aux personnes décédées lors de la « révolution du jasmin », a constaté une journaliste de l’AFP.

Sous la neige et dans un froid glacial, les manifestants ont scandé « dégage, dégage » avec de grands gestes pour rappeler la journée de vendredi marquée par la fuite de M. Ben Ali. Ils enchaînaient avec le slogan « tu voulais 2014, on a dit le 14 », faisant référence à la promesse de M. Ben Ali, avant sa fuite, de quitter le pouvoir en 2014.

Au début de la marche, Achour Ghrib, 40 ans, chantait à tue-tête avec émotion l’hymne national tunisien. « Je le chante quand il y a des matchs de sports mais c’est la première fois que je le chante ainsi, la première fois que je sens que je suis tunisien », a lancé ce père de famille arrivé au Canada il y a un peu plus d’un an.

Beaucoup de parents avaient emmené leurs enfants, parfois en poussette, pour leur faire vivre ce moment historique. C’était une première manifestation pour Myriam, 20 mois, mais aussi son papa, Mohamed Najib, 37 ans, qui voulait célébrer « cette deuxième indépendance ». Pour Azdin, venu avec ses deux enfants, « ce sont les enfants de la révolution maintenant, ils devaient voir concrètement la fin du régime ».

Arrivé il y a quelques mois, Nizar Bessi, 19 ans, portait une pancarte avec la mention « America: Yes we can, Tunisia: Yes, we do », rectifiant fièrement à la journaliste de l’AFP, « Yes, we did ». Venu pour des études cinématographiques à cause du manque de liberté en Tunisie, il a expliqué qu’une fois terminées, il retournera au pays.

Sur les autres pancartes, on pouvait lire « luttons pour la justice sociale en Tunisie », « Ben Ali assassin », « le peuple uni ne sera jamais vaincu ».

Certains demandaient où se cache la fille de Ben Ali qui a acheté, avec son mari, une demeure cossue à Montréal.

Un porte-parole du Collectif solidarité Canada a lancé à la foule qu' »en Tunisie, les gens ont peur (…) ce n’est pas clair où l’on s’en va », rappelant qu’il faut construire une « Tunisie nouvelle avec tout le monde ».

A la fin, les manifestants ont marqué une minute de silence devant le consulat tunisien.

A Québec, quelque 200 personnes se sont réunies, selon un témoin, pour demander notamment le respect des principales libertés publiques, a expliqué Karima Ben Khalfallah, l’une des porte-parole. Selon les estimations de l’ambassade tunisienne, le Canada accueille 17.000 Tunisiens, dont 65 % vivent au Québec.

Environ 8.000 personnes (selon la police) ont défilé aussi à Paris pour célébrer la chute du président tunisien .L’ambassadeur de Tunisie à l’Unesco Mezri Haddad a présenté vendredi sa démission au président en soutenant qu’il ne pouvait « plus supporter qu’il y ait des morts » dans son pays où la répression des émeutes a fait plusieurs dizaines de morts.

Ftouh Souhail

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