Dans sa déclaration publiée samedi, le président Obama s’en tient à "un chapitre dévastateur de l’histoire du peuple arménien" et "l’une des pires atrocités du XXe siècle". "Nous devons en conserver vivante la mémoire en honneur à ceux qui ont été tués et de façon à ce que nous ne répétions pas les graves erreurs du passé", écrit-il.
Barack Obama a ménagé les Ottomans et s’est gardé de décrire comme un génocide les massacres d’Arméniens perpétrés en 1915 sous l’Empire ottoman tout en disant ne pas avoir changé d’avis sur ces événements, qu’il a qualifiés de génocide par le passé.
Il n’a pas employé le mot de génocide qui ne manquerait pas de causer un incident avec la Turquie à majorité musulmane. Il a préféré utiliser l’appellation arménienne de "Meds Yeghern", pour "grande calamité"
La communauté arménienne des Etats-Unis a vivement critiqué le manquement à ses promesses de la part de M. Obama qui, quand il était candidat, s’était engagé à reconnaître la réalité d’un génocide s’il était élu.
Le 19 janvier 2008, le candidat Obama avait pourtant déclaré: "Je reconnaîtrai le génocide arménien."
En avril 2007 , lors du traditionnel rendez-vous hebdomadaire du « Breakfast briefing » (petit déjeuner instruction) organisé par les Sénateurs de l’Illinois, l’Armenian National Committee of America (Comité de Défense de la Cause Arménienne aux Etats-Unis) est intervenu pour interrogé le Sénateur Barack Hussein Obama, sur la question du Génocide Arménien. Il s’est exprimé en ces termes « « Pour ceux qui ne sont pas au courrant, il y a eu un Génocide qui s’est déroulé contre le peuple arménien. C’est l’une de ces situations où l’on a vu un déni constant d’une part du gouvernement turc ainsi que d’autres, c’est ce qui a eu lieu. C’est devenu un sujet diplomatique douloureux… » (1).
Ces propos montrent que le Sénateur Obama, candidat à l’investiture interne du Parti Démocrate a reconnu auparavant et publiquement le Génocide Arménien ainsi que le négationnisme de la Turquie.
La question d’un génocide arménien est un champ de mines diplomatique. Les Arméniens font pression pour que soient reconnus comme tel les massacres et les déportations qui, entre 1915 et 1917, ont tué selon eux plus d’un million et demi d’entre eux. La Turquie reconnaît qu’entre 300.000 et 500.000 personnes ont péri, non pas victimes d’une campagne d’extermination selon elle, mais dans le chaos sévissant dans les dernières années de l’Empire ottoman. Elle récuse la notion de génocide reconnue par la France, le Canada ou le Parlement européen.
La Maison Blanche avait échoué en mars 2010 à empêcher la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants d’adopter une résolution qualifiant le massacre de génocide.
En 2007, la Turquie, grand allié des Etats-Unis dans l’Otan, avait laissé planer la menace d’un retrait de son soutien logistique précieux pour les opérations en Irak si le Congrès américain adoptait un texte reconnaissant les événements comme un génocide.
La résolution S. Res. 106 reconnaissant le Génocide Arménien a été présentée en février 2007 et possédait à l’époque plus de 25 co-sponsors (sur 100 Sénateurs), alors que sa sœur jumelle, la H. Res. 106 présenté en janvier 2007 a reçu 185 soutiens à la Chambre des Représentants. (sur 435 Représentants).
M. Obama avait lui-même soutenu cette résolution. Son programme électoral affirmait sa "ferme conviction" que le génocide arménien n’était pas une opinion personnelle, "mais un fait avéré par une documentation abondante et une masse de preuves historiques. Les faits sont indéniables".
Le Sénateur Obama s’est déjà engagé sur la Question du Darfour, notamment sur la résolution S. 831 appelant à la suspension de toute aide financière aux entreprises concernées directement ou indirectement par les évènements au Darfour. Mais pour ce qui concerne génocide Arménien, la pression de l’Arménie et de la Turquie reste particulièrement forte sur les Etats-Unis. Et Obama le musulman, qui a peur d’irriter les Ottomans, a préféré sacrifier les arméniens et la mémoire de leurs victimes.
Des milliers d’Arméniens ont défilé ce samedi à Erevan en appelant M. Obama à parler publiquement de "génocide". En s’adressant à la nation, le président arménien Serge Sarkissian a qualifié ce massacre de "sans précédent dans son envergure, sa monstruosité et la gravité de ses conséquences" (AFP)
Plusieurs centaines de milliers d’Arméniens ont déposé samedi des fleurs sur un monument dédié aux victimes des tueries perpétrées sous l’Empire ottoman, marquant le 95e anniversaire du génocide arménien.
En manquant à sa parole, M. Obama a "inutilement retardé la cause d’une reconnaissance du génocide, et diminué la crédibilité des Etats-Unis quand il s’agit de prévenir les génocides", s’est ému Bryan Ardouny, responsable de l’influente Assemblée arménienne d’Amérique. (AFP)
Est-ce pour se faire bien voir au monde musulman M. Obama s’est contenté ce samedi de dire que "le meilleur moyen" de parvenir à une reconnaissance des faits était pour les Arméniens et les Turcs de s’appuyer sur les réalités historiques pour "aller de l’avant".
Le revirement de ce Président noir américain, dont le 2e prénom est Hussein, ne l’oublions pas non plus, devant ce génocide qu’il n’ose pas même nommer pour ce qu’il est, montre que Mister Obama préconise toujours la détente devant les pires génocidaires et atrocités du passé comme du présent et même du futur. Voilà les nouveaux alliés choisis par Obama, à la place des judéo-chrétiens : les Ottomans !
Ftouh Souhail, Tunis
(1) Armenian National Committee of America: www.anca.org