Qui a dit que la langue arabe ne peut pas être chantée avec la technique de l’opéra ? Le rêve se transforme en réalité. Rima Tawil, soprano, donnera, en concert et en première mondiale, « Orientarias, créations lyriques en arabe ».
Sous le titre d’ « Orientarias », Rima Tawil, soprano franco-libanaise, s’apprête à interpréter le 4 octobre prochain, dans la prestigieuse salle Pleyel, des créations lyriques en arabe. En mariant la musique lyrique avec la langue arabe, elle entend démontrer que la langue arabe peut parfaitement être chantée avec la technique de l’opéra.
À l’heure où « les barrières mentales séparent l’Orient arabe de l’Occident », cette entreprise est « un acte de civilisation et un geste d’espoir », écrit Amin Maalouf dans la préface du programme.
Avec son timbre exceptionnel et sa grande sensibilité musicale, Rima Tawil est une artiste accomplie. Soucieuse de faire le défi d’un concert lyrique en arabe, Rima Tawil a aujourd’hui une renommée internationale. Le soprano libanais qui vit à Paris avait déjà participé au très éclectique Festival al-Bustan au Liaban. Elle a fait ses preuves sur les plus grandes scènes d’Europe avant de tenter interprétation des créations lyriques en arabe. Elle s’est produite sur plusieurs scènes européennes et américaines et a participé à de nombreux festivals aux côtés de merveilleux chanteurs tels que Placido Domingo et José Carreras.
Fidèle à ses racines, elle s’est également produite sur la scène de l’Usek, il y a huit ans, à l’occasion du 30e anniversaire de la fondation de la faculté de musique, dont elle est diplômée. Rima Tawil est consiéder comme la premiére chanteuse d’opéra en langue arabe.
« Il y a des contraintes, certes, mais quand on est soutenue et aidée, moralement et physiquement, on y arrive quand même » explique-t-elle.
Rima Tawil est une mince jeune femme, en jeans dernier cri, mariée et mère de deux enfants.Il est arrivé meme qu’en 2002, deux semaines après la naissance de sa fille, elle était à nouveau sur scène en train de faire des répétitions : « J’allaitais mon nouveau-né dans la loge, entre deux répétitions » précise t-elle.
« J’essaye cependant de vivre le plus normalement. Je refuse de sacrifier ma vie privée et celle de ma famille. Bien sûr, à quelques heures d’un concert, je préfère ne pas bavarder ni rester dans une ambiance enfumée, je me couvre la gorge, etc. Mais ce sont des choses que je fais normalement, sans tomber dans les extrêmes. » (1)
Lauréate du concours de la Scala Pianiste de formation, Rima Tawil a presque la musique dans les gènes. Ses parents, mélomanes avertis, ont encouragé leurs quatre enfants à développer leurs dons musicaux.
« Mon frère est violoniste, ma sœur aînée est pianiste, et j’ai une autre sœur qui est violoncelliste », signale-t-elle.
Rima, la benjamine, commence des études de piano à six ans. Très tôt, elle intègre le Conservatoire national de musique de Beyrouth. À l’âge de 16 ans, influencée par son père, « grand amateur d’opéra », elle entame des cours de chant avec Jeannette Kouyoumjian.
Une formation musicale complète qu’elle poursuit à l’École normale de musique de Paris, avant de conclure par des études de musicologie à l’Université de Kaslik. Son diplôme en poche, elle s’envole pour Milan, bien décidée à remporter le fameux concours de la Scala. Primée avec deux autres candidats parmi 200 participants, elle s’installe sur place, pendant deux ans, pour y perfectionner sa technique vocale (avec Giulietta Simionato et Maria-Luisa Cioni ) ainsi que sa présence sur scène.
Loin de dormir sur ses lauriers, Rima Tawil, qui alterne les concerts durant en moyenne sept mois par an, a également a déjà l’enregistré un CD en Autriche, avec l’orchestre philharmonique de Vienne, sous la direction de Manfred Mussauer. Puis, elle a entamé une série d’opéra, en Allemagne, en Autriche, en France et à Miami.
Un calendrier qui enchante cette artiste à la fois douée d’une grande sensibilité et de beaucoup de détermination, sous une apparence très délicate. Elle assure non sans une pointe de légitime fierté : « Il m’a fallu me battre pour arriver. Rien ne m’a été offert. Personne ne m’a jamais aidé. Tout ce que j’ai fait, je l’ai accompli seule. » (1)
Motivée par sa passion de la musique, qu’elle a d’ailleurs transmise à son tour à sa fille âgée de vingt -deux ans qui est harpiste et à son fils de dix -huit ans qui est violoniste , Rima Tawil a toujours un réel plaisir à renouveller la comédie musicale.
Après avoir chanté en dix langues, Rima Tawil, Française d’origine libanaise, a eu l’idée de marier la musique lyrique avec la langue arabe. Séduits eux aussi par son idée, Suleiman Al-Qoudsi et Vincent Charrier, compositeurs français, Henri Zoghaib, Camille Tawil, Rudy Rahmé et Bahjat Rizk, auteurs libanais, n’ont pas tardé à la rejoindre. « Orientarias » est né.
Rendez vous donc lundi 04/10 /2010 à 20:30 à la prestigieuse salle Pleyel.
Ftouh Souhail, Tunis
(1) Journal l’Orient du Jour, 22 Aôut 2002

