Le Comité ministériel des affaires législatives a adopté le projet de loi Anat Kam. Selon la proposition de loi, toute personne qui divulgue des renseignements secrets dans l’intention de compromettre la sécurité de l’Etat d’Israël sera passible de 15 ans de prison. Le projet de loi devra être soumis à la Knesset en lecture préliminaire avant son adoption définitive.

En avril 2010, une soldate de 23 ans a transmis des milliers de documents secrets à un journaliste pour dénoncer les exactions de l’armée. Pendant plusieurs semaines, l’affaire Anat Kam a fait la une de plusieurs quotidiens internationaux mais les journalistes en poste en Israël.

Cette jeune soldate de 23 ans, a fait son service militaire au secrétariat du général commandant la région centre qui englobe la Cisjordanie. Elle a eu accès à des documents militaires top secrets qu’elle a pu consulter librement et copier sur disque amovible. Ces documents ont été proposés à plusieurs journalistes qui les ont refusés sauf Uri Blau, de Haaretz, qui les a acquis et s’en est inspiré pour la rédaction d’articles dévoilant certaines opérations couvertes par le secret militaire.

Pour sa défense, Anat Kam a estimé que les documents classifiés prouvent, selon elle, que Tsahal a commis des crimes de guerre en Judée Samarie et qu’elle s’était donnée pour tâche militante de diffuser «certains aspects de la conduite de l’armée israélienne en Cisjordanie que je pensais être intéressants pour le public».

L’Etat a décidé de poursuivre Anat Kam pour le crime grave d’espionnage sous l’accusation d’avoir transmis des informations classifiées avec intention de nuire à la sécurité de l’État.

Plusieurs questions se sont posés sur les services de contrôle militaire interne qui n’ont pas empêché la diffusion d’informations aussi sensibles que les plans militaires d’intervention. Un informaticien débutant sait que la première mesure, prise par toute entreprise pour sa sécurité, consiste à verrouiller et neutraliser les ports USB des ordinateurs afin d’empêcher la connexion d’une simple clé mémoire. Pendant plusieurs mois, plus de 2 000 documents ont été copiés et extraits de la base militaire sans difficulté et sans que les systèmes détectent l’intrusion. La réputation de la haute technologie israélienne était battue en brèche dans cette affaire.

La question de l’utilisation par les journalistes de documents volés en question. Tout journaliste est à la recherche du scoop qui le rendra célèbre mais il ne peut échapper au dilemme de devoir faire œuvre d’information au prix de la mise en danger de son pays. Les journalistes, israéliens ou étrangers en poste en Israël, n’ignorent pas que le pays est en guerre et constamment menacé. Ils doivent désormais respecter scrupuleusement les instructions de la censure militaire car la sanction tombe irrémédiablement en cas de désobéissance: la carte de presse est supprimée et l’expulsion est immédiate.

Les Israéliens ne laissent jamais impunis les actes qui touchent à la sécurité du pays et certains ont payé cher le fait de n’avoir pas respecté cette loi. Le technicien atomiste Vanunu s’était fait connaître du grand public en révélant, en 1986, au journal britannique The Sunday Times, l’existence de la centrale nucléaire de Dimona servant, selon lui, à la production d’armes nucléaires. Après sa fuite à l’étranger, il a été enlevé par le Mossad puis jugé et condamné pour «trahison de secret d’État». Il a passé plus de quinze années en prison sans pouvoir, encore aujourd’hui, bénéficier d’une liberté de déplacement.

Ftouh Souhail

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