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Une scène inimaginable  à Alger, à Tunis ou même à Dubaï.

Près de 8 000 palestiniens ont participé à deux nuits consécutives de musique, de bière et de danse pour cette deuxième édition du festival annuel de la bière à Bethléem.

Entre samedi et dimanche, environ 7 à 8 000 Palestiniens et touristes ont manifesté leur amour pour la bière en se rendant au fin fond d’un petit village, à l’est de Bethléem, appelé Beit Sahour, pour le deuxième festival annuel de la Shepherds Beer.

Des responsables de l’Autorité palestinienne (AP) étaient aussi présents.

Des milliers de jeunes Palestiniens, ont payé 30 shekels leur billet d’entrée, et se sont tenus collés serrés, les poings en l’air, et ont chanté et levé leurs verres remplis de bière.

La fête était  bondée et vivante dans laquelle adolescents et adultes  (hommes et femmes) dansaient, côtes à côtes et apprécient la bière et le hip-hop. Des jeunes sont venus même de la ville  druze de Majdal Shams, située sur la frontière entre Israël et la Syrie.

Plusieurs  groupes de musiciens étaient présents.

Le groupe Hawa Dafi a été le premier à monter sur scène, et a excité la foule avec un mélange de musique arabe, rock et jazz, avec des saxophones et des oud.

Puis vient le tour du rappeur arabe-israélien Tamer Nafar, membre du groupe Dam. La foule enjouée chantait les paroles enflammées de Nafar.

 

Le bar du Shepherds Beer Festival à Bethléhem

Ce festival annuel montre que chez les palestiniens la fête  autour de la bière est bien vivante dans une société largement conservatrice.

 

L’importante consommation de bière, et même des saucisses de porc à 10 shekels, dans un festival public, démontre que les palestiniens sont plus libres que tous les jeunes des pays arabes.

 

Des Témoignages que la Palestine est plus heureuse  que les frères arabes qui soutiennent « la cause » !

 

Charlie Asfur, 22 ans, né à Chicago, habite à Ramallah depuis qu’il a 14 ans. En retournant aux États-Unis il y a huit mois, il a dit :

« La Palestine est le pays le plus cool que tu puisses trouver ; tout le monde boit et tout le monde fume du hash », a-t-il dit, en référence au hashish.

« La Palestine est le pays le plus libre », dit-il. Mais il a précisé qu’il faut faire attention à ce que l’on dit en public sur la politique ou la religion.

Ancien barman, Asfur affirme qu’il recommanderait la Shepherds Beer avant la bière blonde américaine Samuel Adams, parce que « ça vient de la terre ».

Autre témoignage de  Arwa Salameh,  une palestinienne  de 26 ans, a expliqué qu’elle était « surprise de la belle musique » d’Hawa Dafi, et a ajouté que les chansons de Nafar sont très populaires dans les boites de nuit palestiniennes.

« Ce type de fête est de plus en plus populaire en Palestine. C’est sympa », a-t-elle souligné.

Témoignage notamment de Khallil Abdullah,  un musulman de 26 ans : « J’en bois partout où je vais, parce que je l’aime bien », a-t-il dit.

Un autre participant, Chris Zaknoun,  un palestinien de  40 ans, consultant pour des organisations internationales en Cisjordanie, a dit qu’il est ravi que la bière soit bonne, mais était davantage heureux que de jeunes Palestiniens aient une occasion de faire la fête.

« Chaque fête qui a lieu en Palestine donne une chance aux jeunes gens de vivre différemment pour un temps. Cela leur permet de décompresser », dit-il.

« Quand vous buvez de la bière, c’est une détente, si vous l’aimez, buvez-en ! » ajoute-t-il.

 

 La bière  est très populaire chez les palestiniens

 

Bien que les Palestiniens soient, en écrasante majorité, musulmans, et devraient donc s’abstenir de boire de l’alcool, la bière est très populaire chez eux.

Il y a quatre ans, Alaa Sayej, 29 ans, a ouvert une brasserie dans sa ville natale du nord de Ramallah, à Birzeit : Son nom est  Shepherds Beer.

La brasserie de Sayej était financièrement soutenue par son père, et ses frères et sœurs sont tous impliqués dans le business. Son frère Khaled est maître-brasseur.

La distillerie familiale a commencé à vendre sa bière en 2015. La bière Shepherds est vendue aujourd’hui dans l’ensemble des Territoires palestiniens, en Israël, en Italie, et au Chili, qui héberge une importante diaspora palestinienne.

La Shepherds Beer se décline dans trois versions : une bière ambrée, une brune et une blonde. Il y a également un arôme saisonnier, et la brasserie de Birzeit, qui produit la ligne de Shepherds Beer, travaille également sur une bière sans alcool appelée Dahab, qui signifie « or » en arabe.

Le festival de Shepherds Beer n’est pas le seul en Cisjordanie.

En septembre 2016, la brasserie Taybeh (délicieux en arabe)  a organisé aussi  un autre  festival similaire, le Oktoberfest de Taybe.

Cette fête, à laquelle ont assisté environ 16 000 personnes, est initiée par la brasserie qui est située dans un village palestinien appelé Taybeh au nord-est de Jérusalem.

Chose surprenante : le nombre d’enfants palestiniens qui y participent. Une preuve que la bière est vraiment une affaire de famille chez les arabes palestiniens. Ce n’est pas un festival de bière traditionnel.

La brasserie de Taybeh a été fondée en 1955 par deux frères, Daoud et Nadim Khoury, nés en Cisjordanie mais élevés aux États-Unis. La famille est rentrée dans leur village natal après la signature des accords d’Oslo en 1993.

Nadim Khoury, cofondateur et maître brasseur de la brasserie Taybeh

La bière Taybeh attire désormais 70 % du marché palestinien. Il en exporte six variétés eu Japon, en Suède, au Danemark, en Italie, en Espagne, en Suisse et en Israël. Les frères Khoury ont également fondé les vignobles de Taybeh en 2013.

Les médias arabes refusent de rapporter que  les palestiniens  apprécient la bière

Beaucoup de médias arabes s’abstiennent de parler des festivals de la bière palestinienne, qui ont pourtant de plus en plus de succès avec les années.

D’abord ils veulent entretenir une image au monde que les palestiniens sont réellement malheureux sous l’occupation [israélienne]. Mais aussi  ils ne veulent pas de publicité sur ce genre de festival pour garder le bon visage de la « Palestine musulmane ».

L’image de la soi-disant « résistance contre Israël  » contraste avec  le commerce et la consommation de la bière  chez les palestiniens.

Beaucoup de groupes de médias arabes craignent que ce genre de festivités résonnant sur la scène des pays arabes et dans tous les cercles des jeunes.

D’ailleurs ces scènes sont  impossibles hors de la Palestine. Les jeunes dans les pays arabes qui oseraient  consommer de l’alcool en public  feraient face à un problème avec la police la justice.

Souhail Ftouh 

 

 

 

 

 

 

 

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