À la fin des années 1970 et au début des années 1980, le Moyen-Orient était au centre des manœuvres géopolitiques, avec le conflit israélo-palestinien en son cœur. L’un des épisodes significatifs mais moins connus de cette période fut la proposition faite par Israël pour que l’Égypte assume le contrôle administratif de la bande de Gaza.

Cette suggestion fut fermement rejetée par le gouvernement égyptien, comme en témoigne une déclaration attribuée à un responsable égyptien, qualifiant Gaza de « cancer ». Cet article explore le contexte, les tenants et les aboutissants de cette proposition et du refus de l’Égypte.

Les Accords de Camp David

Les accords de Camp David, signés en septembre 1978, furent une étape cruciale dans la diplomatie au Moyen-Orient. Facilitée par le président américain Jimmy Carter, cette négociation réunissait le Premier ministre israélien Menachem Begin et le président égyptien Anouar el-Sadate pour discuter de la paix entre leurs deux nations. Ces négociations aboutirent au traité de paix israélo-égyptien de 1979, qui prévoyait le retrait israélien du Sinaï en échange de la reconnaissance d’Israël par l’Égypte. Cependant, l’avenir des territoires palestiniens, en particulier la bande de Gaza et la Cisjordanie, restait non résolu.

La Proposition d’Israël

Au cours des négociations de Camp David et des discussions suivantes, le Premier ministre Menachem Begin proposa que l’Égypte prenne le contrôle administratif de la bande de Gaza. Cette suggestion reposait sur plusieurs raisons :

  1. Préoccupations sécuritaires : Israël faisait face aux défis sécuritaires posés par les activités militantes palestiniennes émanant de Gaza.
  2. Stratégie politique : En transférant le contrôle à l’Égypte, Israël espérait atténuer une partie de la pression internationale concernant son occupation des territoires palestiniens.
  3. Contexte historique : Avant la guerre des Six Jours de 1967, Gaza avait été administrée par l’Égypte depuis 1948, faisant de l’Égypte une candidate logique pour son administration.

La Réponse de l’Égypte

La réponse de l’Égypte à cette proposition fut sans équivoque négative. Le président Sadate et ses conseillers considéraient l’idée d’administrer Gaza comme étant remplie de défis insurmontables. La phrase souvent citée, « Gaza est un cancer« , reflète le sentiment de la direction égyptienne à l’égard de cette proposition. Bien que la formulation exacte et l’auteur de cette déclaration ne soient pas toujours documentés de manière cohérente, la métaphore illustre clairement les appréhensions de l’Égypte.

Les raisons du refus de l’Égypte étaient multiples :

  1. Complexité politique : Gaza abritait une population palestinienne importante et agitée, avec de fortes aspirations nationalistes. Intégrer Gaza à l’Égypte aurait provoqué des complications politiques internes et régionales significatives.
  2. Risques sécuritaires : Administrer Gaza aurait impliqué de faire face à divers groupes militants terroristes et à des conflits internes permanents, posant de graves risques sécuritaires pour l’Égypte.
  3. Fardeau économique : Gaza était économiquement sous-développée, et l’Égypte, déjà confrontée à ses propres problèmes économiques, n’était pas en mesure de prendre en charge des fardeaux financiers supplémentaires.

Les Conséquences et Implications

Le refus de l’Égypte d’administrer Gaza eut plusieurs implications significatives :

  1. Occupation israélienne continue : Le refus signifiait que Gaza restait sous contrôle israélien, conduisant à des tensions et des conflits permanents dans la région.
  2. Autonomie palestinienne : La future gouvernance de Gaza devint une question centrale dans les discussions sur l’autonomie palestinienne. Ce n’est qu’avec les accords d’Oslo dans les années 1990 qu’un cadre pour une autonomie palestinienne limitée à Gaza fut établi.
  3. Relations Égypte-Israël : Malgré le refus, le traité de paix entre l’Égypte et Israël resta intact, les deux nations se concentrant sur les relations bilatérales et la coopération, en excluant la question de Gaza.

Conclusion

L’épisode du refus de l’Égypte d’administrer Gaza souligne les complexités de la géopolitique du Moyen-Orient et les défis intriqués du conflit israélo-palestinien.

La caractérisation de Gaza comme un « cancer » par les responsables égyptiens, bien que crue, résume les préoccupations stratégiques et pratiques plus larges qui ont influencé la décision de l’Égypte.

Ce moment historique met en lumière les difficultés persistantes à trouver des solutions viables pour la paix et la gouvernance dans la région, des questions qui continuent de résonner dans la politique contemporaine du Moyen-Orient.

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