Les députés israéliens ne seront autorisés à y entrer que par groupe de six à la fois, pour prendre part à une série de votes. La Knesset sera amenée à relever le double défi sans précédent du coronavirus et du maintien de sa mission de veille démocratique pendant la crise.

C’est le directeur général de la Knesset, Albert Saharovich, qui a annoncé les mesures programmées, pour permettre à la 23e Knesset d’ouvrir et de voter la formation des commissions tout en adoptant les précautions de distanciation sociale nécessaires.

Pas plus de dix personnes ne seront autorisées à entrer à l’intérieur de la plénière. Les intervenants se présenteront en avance et pénétreront dans la salle lorsque sera venu le moment de leur prise de parole. Les salles d’attente seront occupées par les personnes appelées à s’exprimer. Et les députés se trouvant hors de la plénière pourront assister au déroulement des rencontres via un écran.

Les votes en plénière se dérouleront par groupe de six députés à la fois, par ordre alphabétique.

Alors que les commissions doivent être mises en place, la majorité d’entre elles seront scindées et réparties dans deux salles – et leurs membres communiqueront par le biais d’un système de vidéoconférence.

Les sept parlementaires actuellement en quarantaine auront l’occasion de voter – d’une manière encore indéterminée.


Sept députés israéliens qui se trouvaient en quarantaine – le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, celui des Affaires régionales Tzachi Hanegbi, celui des Transports Bezalel Smotrich, les législateurs du Shas Moshe Abutbul et Yitzhak Cohen et d’autres issus de Kakhol lavan, Ram Ben-Barak et Alon Shuster — soit cinq de la coalition et deux de l’opposition.

La formation Kakhol lavan a fait savoir qu’elle n’accepterait pas l’annulation des votes des membres de la coalition en quarantaine en supprimant la présence, en séance plénière, d’un nombre équivalent de ses propres troupes, une pratique qui a été parfois adoptée dans d’autres circonstances..

Pour sa part, le bloc réunissant les formations de droite du Premier ministre réfléchissaient à boycotter les débats à la Knesset prévus lundi pour protester contre la victoire attendue du bloc de centre-gauche dans les votes qui auront lieu toute la journée, a fait savoir le site Ynet.

Ce qui garantirait la prise de contrôle de Kakhol lavan au sein de la commission des Arrangements du Parlement, un rôle essentiel. Elle est chargée de déterminer quelles commissions parlementaires seront formées ainsi que leurs membres.

Kakhol lavan prévoit de voter la formation des commissions de la 23e Knesset, notamment la mise en place de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense, celle de la Commission des Finances et celle d’une commission particulière qui aura pour mission de superviser la gestion de la pandémie.

Kakhol lavan prévoyait également de nommer l’un de ses députés au poste de nouveau chef de la Knesset – même si ce vote est actuellement bloqué par le président actuel, Yuli Edelstein, issu du Likud. La Haute Cour délibère sur l’éventuelle nécessité de le forcer à accepter la tenue de ce vote.

Ces manœuvres concernant la nouvelle Knesset surviennent alors que l’État juif doit relever les défis importants soulevés par le coronavirus à l’issue d’une année passée sans gouvernement propre.

Dimanche matin, le procureur général Avichai Mandelblit et le conseiller juridique de la Knesset Eyal Yinon ont déclaré que le Parlement ne pouvait être fermé en raison des craintes suscitées par le Covid-19 – ou suite à une tactique de négociation de coalition utilisée par le Likud.

Leurs avis juridiques soumis à la Haute Cour de justice ont porté un coup aux efforts livrés par le président Edelstein pour empêcher un vote portant sur son remplacement à sa fonction.

La Cour suprême a écouté, dimanche, plusieurs plaintes dénonçant la fermeture. Cinq juges ont participé à l’audience : la juge en chef Esther Hayut et ses collègues Hanan Melcer, Neal Hendel, Uzi Fogelman et Yitzhak Amit.

Edelstein, qui avait fait fermer la Knesset mercredi, a promis de permettre aux votes en plénière de reprendre lundi – à l’exception de celui consacré à son remplacement au poste de président de l’institution.

Le Likud a averti dans un communiqué, dimanche, que ce vote en particulier « ruinera toute perspective de gouvernement d’unité et nous condamnera à une quatrième élection », qualifiant l’insistance de Kakhol lavan sur la tenue des votes en plénière « d’irresponsabilité choquante en pleine pandémie de coronavirus ».

Edelstein avait déclenché une tempête de critiques, mercredi dernier, après avoir refusé à la plénière de se réunir pour voter l’établissement de la commission des Arrangements et pour élire son nouveau président.

Edelstein avait tout d’abord clamé que ce gel des activités était lié aux mesures de précaution mises en œuvre dans le cadre de la crise du coronavirus, expliquant ultérieurement qu’il avait pour objectif d’obliger Kakhol lavan à accepter un compromis dans les pourparlers visant la mise en place d’un gouvernement d’unité.

Dans son avis juridique, le procureur général Avichai Mandelblit a estimé que les directives du ministère de la Santé interdisant les rassemblements de plus de dix personnes ne pouvaient pas s’appliquer à la Knesset ou à ses commissions, qui ne sont pas placées sous l’autorité d’un quelconque ministère, et que ces restrictions ne pouvaient donc pas justifier l’annulation des sessions parlementaires.

Il a également estimé qu’il était impératif d’établir la commission des Arrangements dans les meilleurs délais pour permettre le fonctionnement de la toute nouvelle Knesset.

Le conseiller juridique de la Knesset, Eyal Yinon, a indiqué dans son avis juridique, dimanche, qu’Edelstein ne disposait pas de l’autorité nécessaire pour empêcher les réunions de la plénière, particulièrement au vu de son statut de président par intérim depuis la 21e Knesset, après deux scrutins non concluants. Ce statut limite sa capacité à décider de restrictions importantes concernant le travail du Parlement – notamment sa décision de ne pas permettre le vote, en plénière, qui serait susceptible de lui trouver un remplaçant.

« Une situation dans laquelle un président de la Knesset non élu n’officie qu’en vertu du principe de continuité donnera probablement lieu à une situation dans laquelle la majorité actuelle de la Knesset rencontrera des difficultés pour faire avancer les initiatives qu’elle souhaite mener à bien », a écrit le conseiller.

Les critiques avaient affirmé que ce positionnement s’apparentait à une fermeture illégale du Parlement par le Likud dans le but de peser davantage dans les négociations de coalition.

Selon l’Institut israélien de la démocratie, un think-tank, ce gel des activités parlementaires semble avoir été unique dans les démocraties en proie à la pandémie du Covid-19.

Tandis que de nombreux Parlements ont revu ou changé leur mode de fonctionnement en raison du virus, seuls deux ont stoppé purement et simplement leurs opérations, en Roumanie et au Canada. Dans les deux cas – et contrairement à ce qu’il s’est passé au sein de l’État juif – ce sont les législateurs eux-mêmes qui ont voté en faveur de cette initiative.

Souhail Ftouh